« Nous avons fait quelque chose qui n’était pas possible avec la technologie de 2025. »
C’est ce qu’a déclaré l’équipe Adidas au lancement de l’Adizero Adios Pro Evo 3. Le 27 avril 2026, à Londres, Sabastian Sawe a couru un marathon en 1:59:30. Première fois dans l’histoire d’une course officielle homologuée. Yomif Kejelcha a terminé en 1:59:41. Tigist Assefa a établi un nouveau record féminin à 2:15:41. Les trois portaient la même chaussure.
Le lendemain matin, cette chaussure s’affichait à 3 000 dollars sur StockX. Le prix catalogue ? 500 euros. Le stock disponible ? Épuisé en quelques minutes.
C’est le paradoxe de l’Adios Pro Evo 3. La chaussure la plus rapide jamais portée dans une course officielle est aussi celle que presque personne ne peut acheter. Et même ceux qui la trouvent ne devraient peut-être pas la porter.
Ce qu’Adidas a réellement construit
97 grammes. Pour une pointure 42.
L’Adios Pro Evo 3 est 29% plus légère que l’Evo 2, qui pesait déjà 139 grammes. Pour atteindre ce résultat, Adidas a reformulé entièrement sa mousse Lightstrike Pro Evo. La version utilisée ici est 50% moins dense que celle de l’Evo 2. RunRepeat a mesuré en laboratoire la densité de mousse la plus basse jamais enregistrée sur une chaussure de course.
Deuxième innovation : l’ENERGYRIM. Adidas abandonne la plaque carbone classique, celle que Nike utilise dans la Vaporfly et que tout le monde a copiée depuis 2017. À la place, un cadre en fibre de carbone entoure le périmètre de la semelle en U, s’arrêtant avant l’avant-pied. Ce design stabilise une mousse extraordinairement souple sans ajouter le poids d’une plaque traditionnelle.
Le résultat mesuré : une hauteur de semelle de 38,1 mm au talon (Adidas annonce 39 mm). Un drop de 3 mm. Un retour d’énergie de 76,8% au talon et 80,2% à l’avant-pied, contre une moyenne de 58,6% pour les chaussures de route selon RunRepeat. Adidas revendique +1,6% d’économie de course par rapport à l’Evo 2, sur la base de ses propres tests internes.
C’est un objet de laboratoire. Les chiffres de vente le confirment.

Le marché de revente dit tout ce qu’il y a à savoir
Le 25 avril 2026, Adidas a mis l’Evo 3 en vente au prix de 500 dollars. La paire a disparu en quelques minutes.
Moins de 48 heures plus tard, les annonces sur StockX affichaient un prix minimum de 1 671 dollars pour les petites tailles. Les grandes tailles dépassaient 3 000 dollars. Certaines listes atteignaient 5 500 dollars. La dernière vente enregistrée avant la course de Londres : 3 223 dollars frais inclus. La moyenne des prix demandés : 2 627 dollars.
StockX a comptabilisé près de 50 000 recherches contenant le terme « Adizero » au cours du seul premier trimestre 2026. Avant même le record du monde.
Ce n’est pas un marché de runners. C’est un marché de collectionneurs et de spéculateurs. La mécanique est identique à celle des sneakers Jordan ou des collaborations Palace x Adidas. Sauf que l’objet est censé courir un marathon.
Le cours de l’action Adidas a progressé le lundi suivant la course. Les analystes ont noté l’impact de l’événement de Londres sur les anticipations de croissance. Le premier trimestre 2025 avait déjà montré une croissance solide du chiffre d’affaires, du résultat opérationnel et du résultat net.
Pour qui cette chaussure a-t-elle été conçue
Adidas le dit sans détour : les marathoniens entre 2h30 et 3h peuvent aussi bénéficier de l’Evo 3. La technologie n’est pas réservée aux professionnels.
Mais les conditions d’utilisation réelles sont strictes.
La mousse Lightstrike Pro Evo est si peu dense qu’elle se comprime de façon imprévisible pour un pied qui attaque par le talon. L’ENERGYRIM stabilise une partie de la semelle mais le pied bouge latéralement malgré tout. RunRepeat note explicitement que le toebox est restrictif et étroit, ce qui exclut d’emblée les coureurs à pied large. La sensation est décrite comme « un manège à prendre en compte si on choisit cette chaussure ».
En pratique, l’Evo 3 récompense un style de pose spécifique : attaque médio-pied ou avant-pied, foulée neutre, cadence élevée. Elle sanctionne le reste.
Et la durabilité ? Une chaussure à 97 grammes avec la mousse la moins dense du marché n’est pas conçue pour s’accumuler les kilomètres. C’est une arme de compétition à usage limité. Un seul marathon, au mieux deux.
Comparaison avec les autres super chaussures du marché
| Chaussure | Poids (taille 42) | Stack talon | Drop | Prix catalogue | Technologie propulsion |
|---|---|---|---|---|---|
| Adidas Adizero Adios Pro Evo 3 | 97 g | 39 mm | 3 mm | 500 € | ENERGYRIM (cadre carbone périmétrique) |
| Adidas Adizero Adios Pro Evo 2 | 139 g | 39 mm | 3 mm | 290 € | Tige carbone + Lightstrike Pro Evo |
| Nike Alphafly 3 | 220 g | 40 mm | 8 mm | 285 € | Plaque carbone + Air Zoom pods |
| Nike Vaporfly 4 | 166 g | 40 mm | 8 mm | 250 € | Plaque carbone ZoomX |
| PUMA Fast-R Nitro Elite 3 | 173 g | ND | 8 mm | ~250 € | Plaque carbone Nitro Elite |
| ASICS Metaspeed Sky Tokyo | 163 g | ND | 5 mm | ~250 € | Plaque carbone FF Turbo+ |
L’Evo 3 est dans une catégorie à part en termes de poids. Elle est aussi deux fois plus chère que ses concurrentes directes au catalogue et dix fois plus chère sur le marché secondaire.
Ce que les chiffres ne montrent pas : la Vaporfly 4 et la Metaspeed Sky Tokyo sont accessibles, disponibles et conçues pour accompagner plusieurs mois d’entraînement et de courses. L’Evo 3 n’est aucun de ces deux choses.
Ce que le record du monde change et ce qu’il ne change pas
Le sub-2h de Sawe est historique. Avant Londres 2026, la barrière avait été franchie une fois, en 2019, par Eliud Kipchoge mais dans le cadre du projet Ineos, sans homologation officielle. Cette fois, c’est une course officielle, avec un chrono officiel.
Adidas l’a préparé. Le lancement de l’Evo 3 le 25 avril, deux jours avant le marathon de Londres, n’est pas une coïncidence de calendrier. Construire l’objet, créer la rareté, attendre le record, laisser la revente amplifier la valeur perçue. C’est une opération marketing millimétrée.
Pour le coureur ordinaire, ce cycle ne le concerne pas. Il est fait pour créer de la désirabilité. La chaussure qui arrivera à l’automne 2026 dans une version de disponibilité élargie sera probablement différente. Moins rare. Peut-être légèrement modifiée. Et toujours inadaptée à la majorité des foulées.
Ferrari fabrique des voitures que 0,1% des acheteurs conduiront jamais sur circuit. L’Evo 3 fonctionne de la même façon. C’est le fonctionnement normal d’un marché du luxe de performance.

Ce que le coureur sérieux doit retenir
Si vous visez un marathon en moins de 3 heures, la question de l’Evo 3 est légitime. La technologie est réelle. Le gain de running economy de 1,6% par rapport à l’Evo 2 est mesurable, ce qui représente environ 2 à 3 minutes sur un marathon complet selon votre allure.
Mais la bonne question n’est pas « est-ce que l’Evo 3 est meilleure ? » C’est « est-ce que je peux l’utiliser ? »
Le toebox est étroit. Le pied bouge latéralement malgré l’ENERGYRIM. Le drop de 3 mm suppose une foulée médio-pied ou avant-pied. La durabilité couvre un marathon, deux au maximum. Et le prix, qu’il s’agisse des 500 € au catalogue ou des 3 000 € sur le marché secondaire, ne s’amortit pas sur la distance.
Les alternatives existent. L’ASICS Metaspeed Sky Tokyo et la Nike Vaporfly 4 offrent des résultats proches pour des coureurs entre 3h et 4h, à un tiers du prix, avec une durabilité qui permet d’en faire une vraie chaussure de compétition sur la saison.
L’Evo 3, elle, est un symbole. Un objet qui matérialise le moment où la technologie sportive a craqué une barrière que l’humanité courait après depuis des décennies.
Le 27 avril 2026, Sabastian Sawe a franchi la ligne d’arrivée du marathon de Londres en 1:59:30, avec 97 grammes aux pieds.