Semelle Michelin de la Rossignol Vezor Race Department en appui sur un sentier de montagne Semelle Michelin de la Rossignol Vezor Race Department en appui sur un sentier de montagne

Rossignol Vezor Race Department : la tige repensée avec les athlètes

Combien de sorties sur sentier caillouteux faut-il pour comprendre qu’une cheville se protège d’abord par le haut de la chaussure ? Rossignol a dévoilé fin août 2026 à Chamonix, pendant la semaine de l’UTMB, la Vezor Race Department : une évolution de sa chaussure de trail dont la partie haute a été reprise avec les coureurs du Team Rossignol Trail Running. Mesh Matryx Micro renforcé de fils Kevlar, construction de type guêtre au talon, lacets dentelés, 280 g en taille 42 et 250 g en 39, drop de 6 mm, semelle Michelin au composé Formula, disponibilité au printemps prochain. Pour celui qui traîne une cheville capricieuse depuis six semaines et regarde le sentier technique avec méfiance, l’intérêt du modèle se joue au-dessus de la semelle.

Chaussure de trail Rossignol Vezor Race Department vue de profil
La Vezor Race Department conserve le châssis de la Vezor et modifie sa partie haute.

Pourquoi la tige est devenue le vrai sujet

Les nouveautés trail de ces dernières saisons se jouent presque toujours sous le pied : nouvelle mousse, nouvelle plaque, stack qui grimpe. Rossignol a pris le chemin inverse. Le châssis reste celui de la Vezor sortie un an plus tôt : 30 mm de stack, drop de 6 mm, crampons de 4,5 mm. Tout le travail mené avec les athlètes en 2026 a porté sur la tige.

Le calcul se lit dans ce qui casse une performance sur terrain technique. Une semelle qui accroche sert à peu de chose quand le pied bouge à l’intérieur de la chaussure au moment où le sentier bascule ; le coureur compense alors avec les orteils et les stabilisateurs de cheville, il perd en cadence et finit la descente en freinant au lieu de la laisser filer. La marque annonce du maintien supplémentaire sur cette partie haute et une protection accrue contre les débris. La respirabilité progresse aussi.

Matryx Micro et fils Kevlar : ce que le tissu change au kilomètre 25

Le Matryx Micro est un mesh tissé en armure ouverte dans lequel sont intégrés des fils de Kevlar, la fibre para-aramide utilisée pour sa résistance à l’abrasion et à l’allongement. Là où un mesh classique se détend progressivement sous les contraintes latérales répétées, un tissage renforcé conserve sa géométrie plus longtemps. Le bénéfice ne se mesure pas au premier kilomètre. Il apparaît au moment où la chaussure a chauffé, où le pied a gonflé et où une tige fatiguée commence à laisser le pied partir vers l’extérieur en dévers.

Les lacets dentelés répondent à un autre point : le serrage qui se relâche. Un lacet plat lisse glisse dans les œillets sous les à-coups d’une descente. Le coureur se retrouve à s’arrêter pour resserrer, souvent trop fort, ce qui crée un point de compression sur le dessus du pied. La denture augmente la friction dans le passage et limite ce phénomène.

L’armure ouverte joue enfin sur l’évacuation de l’humidité. Un mesh serré retient la transpiration ; la chaussette reste mouillée et la peau ramollie du dessus du pied devient un terrain à ampoules dès que le frottement s’installe. Un tissage plus aéré sèche plus vite. Le compromis est connu : plus de vide dans la trame, moins de matière pour résister à l’abrasion des ronces et des cailloux, ce qui explique le recours aux fils de Kevlar pour compenser.

Paire de Rossignol Vezor Race Department vue du dessus, mesh Matryx Micro et lacets dentelés
Le mesh Matryx Micro en armure ouverte et les lacets dentelés, deux des trois nouveautés de la tige.

La construction Dragonfly fit complète l’ensemble en cherchant un soutien du pied par la structure du tissu plutôt que par des renforts thermosoudés ajoutés par-dessus. Moins de couches superposées, donc moins de zones rigides susceptibles de créer un point chaud sur une sortie longue.

Vezor et Vezor Race Department : ce qui bouge et ce qui reste
Poste Vezor Vezor Race Department
Mesh de tige Mesh recyclé et cage Dragonfly fit Matryx Micro open weave renforcé de fils Kevlar, cage Dragonfly fit
Zone talon Contrefort classique Construction de type guêtre
Laçage Lacets standard Lacets dentelés
Semelles intermédiaires EVA compressé et N+FOAM Identique
Plaque Diapazon+ (nylon et fibres de verre) Identique
Semelle extérieure Michelin, composé Formula Identique

La construction guêtre, le détail qui parle aux chevilles

Une pierre ronde, un appui qui glisse d’un centimètre vers l’extérieur. La cheville part. Le scénario est familier à tous ceux qui ont découvert la tendinopathie d’Achille ou une entorse externe après une seule descente mal négociée. La construction de type guêtre agit sur les deux causes en amont de ce genre de chute : le talon qui se déplace dans son logement autant que le gravier qui entre par le col de la chaussure.

Talon de la Rossignol Vezor Race Department avec sa construction guêtre et la semelle Michelin
La zone talon, refermée en guêtre pour tenir le calcanéum et limiter l’entrée de débris.

Le col resserré maintient le calcanéum en place pendant la phase d’appui, ce qui réduit le micro-glissement vertical à chaque foulée. Un talon qui bouge de quelques millimètres sur des dizaines de milliers d’appuis produit de l’échauffement à l’arrière du pied ainsi qu’une sollicitation accrue des muscles fibulaires, qui travaillent en rattrapage permanent. Aucune tige ne dispense pour autant du travail de mobilité de cheville qui prépare ces stabilisateurs. Ce type de construction se juge au chaussage. Le volume avant reste une donnée personnelle. Les pieds larges devront enfiler la chaussure avant de trancher.

Sous le pied, Diapazon+ et N+FOAM restent en place

Deux semelles intermédiaires se superposent : une couche d’EVA compressé pour l’amorti, puis une couche de N+FOAM, mousse supercritique injectée à l’azote, chargée de la propulsion. Entre les deux, l’insert Diapazon+ est une plaque composite en nylon et fibres de verre.

Le choix du matériau compte. Une plaque carbone, telle qu’on la trouve sur les modèles de route rapides et depuis peu sur des chaussures de trail à plaque carbone, impose une trajectoire de déroulé assez rigide et pardonne peu les appuis désaxés. Un composite nylon-verre reste plus tolérant en torsion, ce qui convient à un terrain où l’appui arrive rarement là où le coureur l’avait prévu. La plaque joue aussi un rôle de filtre : elle répartit la pointe de pression quand le pied tombe sur une arête de rocher ; le message qui remonte au médio-pied s’en trouve adouci.

La technologie Sensor 3 travaille sur un autre registre : préserver le fonctionnement des trois nerfs du pied qui participent au maintien inconscient de l’équilibre. L’objectif revendiqué consiste à protéger le pied sans anesthésier sa lecture du sol.

Semelle Michelin avec composé Formula de la Rossignol Vezor Race Department, crampons de 4,5 mm
La semelle Michelin au composé Formula, avec des crampons de 4,5 mm et des lignes d’évacuation des débris.

En dessous, la semelle extérieure Michelin utilise le composé Formula, développé pour ce modèle et présenté par la marque comme le socle de son adhérence. Les crampons de 4,5 mm intègrent des zones de déformation et des lignes d’évacuation, deux éléments qui pèsent sur le grip au freinage comme à la propulsion : un crampon qui se déforme épouse la roche mouillée, une rainure qui évacue empêche la semelle de se charger en terre et de perdre son mordant au bout de quelques kilomètres de sentier gras.

Ce que les courses de 2026 ont déjà montré

Lucien Mermillon a gagné le Verbier Marathon by UTMB, 43 km pour 3 000 m de dénivelé positif, en 4h26, avec ce modèle aux pieds ; il a aussi pris la 4e place de la SkyRace des Matheysins, sur le circuit Skyrunner World Series. Goulwen Kerneguez a terminé 4e du 100 km du Trail Alsace by UTMB le 15 mai 2026, en 9h17’15. Les chiffres viennent des classements officiels publiés par les UTMB World Series, où le modèle a couru plusieurs mois avant d’être présenté au public à Chamonix.

« Avec ces nouvelles chaussures aux pieds, j’aime encore plus courir qu’avant ! On se sent réellement libre d’aller vite, partout, sur tous les terrains. On a une meilleure liberté et protection de cheville, et je trouve que la Vezor Race Department a également gagné en dynamisme. Le travail effectué sur la guêtre au niveau du talon, les nouveaux lacets et le mesh Matryx a réellement porté ses fruits : on aboutit à un rapport optimal entre précision, protection, stabilité et respirabilité ! » Lucien Mermillon, membre du Team Rossignol Trail Running.

Race Department, un label lancé pour les 120 ans de Rossignol

Fondée par Abel Rossignol en 1907, la marque fêtera ses 120 ans en 2027. C’est l’année retenue pour officialiser le programme Race Department, un label destiné à regrouper les produits développés par le Département Compétition, toutes disciplines confondues. Le cadre annoncé repose sur une conception itérative et sur une validation des avancées par les athlètes en course réelle, avec l’expérience accumulée dans le ski en arrière-plan.

La Vezor Race Department en est le premier produit estampillé. Sa sortie s’inscrit dans une gamme trail qui s’est étoffée rapidement, aux côtés de la Vercors orientée longue distance : on peut relire à ce sujet les trois chaussures de trail Rossignol de la collection SS26. Le prix n’a pas été communiqué à ce stade. La disponibilité est annoncée pour le printemps prochain, au sein de la collection printemps-été 2027.

Pour qui la Vezor Race Department est surdimensionnée

« Une chaussure conçue pour des élites, ça ne me concerne pas » : l’objection revient dès qu’un modèle sort estampillé compétition. Elle tient debout sur une partie du spectre. Des crampons de 4,5 mm sur un chemin de halage roulant se traduisent par une sensation de patinage et une usure accélérée du composé ; un drop de 6 mm demande un mollet et un tendon d’Achille habitués, ce qui exclut une transition brutale depuis un daily trainer à 10 mm. Un châssis dynamique orienté vitesse rend peu de services à qui marche 40 % de sa sortie.

Coureur en action sur sentier avec la Rossignol Vezor Race Department
Le modèle vise les terrains rocailleux parcourus à allure soutenue.

Le raisonnement s’inverse dès que le terrain devient cassant. Un amateur qui court des trails de 20 à 45 km sur pierrier et que la peur en descente a déjà fait ralentir se trouve exactement dans la cible du travail effectué sur la tige. La protection du talon et l’évacuation des débris profitent au coureur lent autant qu’au coureur rapide ; le châssis, lui, demande une foulée engagée pour donner ce qu’il promet.

Le calendrier laisse du temps pour trancher. Les premiers exemplaires arriveront au printemps 2027 sur le site de Rossignol et chez ses revendeurs, soit une saison complète après la révélation de Chamonix. En trail, la vitesse commence toujours par tenir debout.

Visuels fournis par Rossignol.

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