La marque de running que vous achetez pour son prix change de statut. Mardi 15 septembre, New Balance a porté plainte devant un tribunal fédéral du Massachusetts contre Decathlon, en soutenant que le K du logo Kiprun, une fois retourné, se confond avec son N. Derrière ce procès américain, il y a une ambition commerciale : installer Kiprun dans le haut de gamme du running, à quelques dollars des tarifs de New Balance.
Un K qui se lit comme un N une fois retourné
Kiprun a changé de logo en 2025. La marque running de Decathlon a dessiné un K angulaire dont les deux branches partent d’un point commun, inspiré des starting-blocks d’une piste d’athlétisme. Sur les chaussures et dans la publicité, ce K apparaît régulièrement en miroir. C’est cette version retournée que New Balance attaque : l’Américain y voit « sans équivoque un N », le sien, celui qui figure sur ses modèles depuis un demi-siècle. L’affaire est enregistrée au district du Massachusetts sous la référence « New Balance Athletics, Inc. v. Decathlon America LLC et al » (n° 1:2026cv14235). La plainte vise Decathlon America LLC et Decathlon USA LLC, les entités américaines : les Kiprun achetées en France ne sont pas concernées par le rappel.

New Balance assure avoir mis Decathlon en demeure par écrit dès janvier, en lui demandant de modifier le dessin. Decathlon a refusé, en maintenant que son logo est un K. La réponse de New Balance, rapportée dans la plainte, tient en une formule : « à moitié vrai au mieux ». Les huit modèles Kiprun vendus aux États-Unis depuis le lancement du 6 avril sont nommément visés par la plainte, qui réclame le rappel, la destruction des stocks et des dommages-intérêts devant jury. On y trouve le Kipstorm Lab à 350 dollars et le Kipsummit, le trail longue distance pensé pour les sentiers vallonnés avec sa semelle Vibram Megagrip (voir notre comparatif Kipclimb Max / Kipsummit Max).
Prouver la confusion des acheteurs
New Balance agit en contrefaçon de marque sur le fondement du Lanham Act, la loi fédérale américaine des marques. Tout se joue sur un critère : la confusion probable chez l’acheteur. Ce que le client comprend au premier regard pèse plus lourd que la ressemblance graphique entre deux dessins. New Balance l’a compris : la majeure partie de la plainte compile des preuves venues des coureurs eux-mêmes. Des vidéos YouTube, des reels Instagram, des fils Reddit. Des gens regardent une Kiprun et y voient un N. La plainte cite aussi un commentaire attribué à un designer chaussures de Decathlon, qui reconnaîtrait que des clients faisaient l’erreur.
Pour Josh Gerben, avocat en propriété intellectuelle dont le cabinet a publié la plainte, ces confusions spontanées placent New Balance en position de force. Établir la confusion en justice coûte cher : entre 1 et 5 millions de dollars par camp pour aller jusqu’au procès, selon son estimation. C’est ce coût qui pousse la plupart des affaires de ce type vers un accord plutôt que vers une décision de juge.
Un N défendu depuis 1976
New Balance n’en est pas à son premier logo qui lui ressemble de trop près. Posé pour la première fois sur la 320 en 1976, le N est couvert par plusieurs enregistrements devenus incontestables, ce qui réduit les angles d’attaque d’un concurrent. La marque a porté plainte contre Nautica en 2019 sur ce même N ; l’affaire s’est réglée par un accord. Michael Kors a été poursuivi en 2021 sur les modèles Olympia et Pippin. En 2017, un tribunal chinois a accordé 1,5 million de dollars à New Balance contre des fabricants locaux. Cette antériorité explique pourquoi Decathlon aborde le dossier avec prudence.
Kiprun, marque de prix accessible en train de monter en gamme
Ce procès est la partie visible d’un mouvement plus profond. Aux États-Unis, où Kiprun s’est lancée le 6 avril, la marque de prix accessible du coureur français vise désormais le segment le plus rentable du running, celui de la plaque carbone. La Kipstorm Elite, la chaussure à plaque carbone de la gamme, est vendue 255 dollars sur le site américain, 5 dollars de plus que la New Balance FuelCell SuperComp Elite v4, affichée à 250 dollars. Les deux modèles se retrouvent sur les mêmes rayons.
Pour le coureur qui achète ses Kiprun pour leur prix, la conclusion est simple : la marque de son rapport qualité-prix est en train de monter en gamme. Aux États-Unis, elle ne se positionne plus sur le prix bas, elle rivalise avec New Balance sur la plaque carbone.
Le mouvement ne date pas d’hier. Kiprun prépare un modèle équipé d’un capteur pour la fin d’année et habille Jimmy Gressier, le Français champion du monde du 10 000 m à Tokyo en 2025, qui court en KD900X LD. Une visibilité que la gamme running de Decathlon n’avait jamais eue.
En France, Kiprun reste la marque de prix accessible que vous connaissez, celle que notre guide des chaussures de running pas cher décrypte. La bascule vers le haut de gamme s’est engagée bien avant ce procès.
Un accord amiable changerait tout
Decathlon n’a pas encore répondu. Sa réponse est la prochaine échéance devant le tribunal, sauf accord entre les deux marques d’ici là. Compte tenu des coûts d’un procès et de la jurisprudence de New Balance, un règlement amiable reste l’issue la plus probable.
Un accord aurait une conséquence concrète pour vous : il passerait par une modification du logo. Les Kiprun au K actuel, celles que vous achetez en ce moment, deviendraient la dernière série avant une refonte du dessin.